Tu sais, parfois j'aurais le goût de tous recommencer à zéro. De tout foutre en l'air et puis de repartir. Ou seulement, partir. Partir loin et ne jamais revenir. N'apporter qu'avec moi un billet d'avion et de la musique. N'apporter qu'avec moi les bons souvenirs pour surtout chasser les mauvais. Mais non. Je reste ici. Je reste ici, sans dire un mot. En laissant faire les choses, pour le meilleur ou pour le pire. Je ne réagis plus à ce qui devrait pourtant me faire réagir, je ne dévoile plus ce que je devrais pourtant dévoiler. Je n'en ai plus la force.J'avais finit par m'habituer à ce néant, à cette douleur contigüe, a la promiscuité que j'entretenais avec la limite, le fond. La petite fille que j'étais se disloquait, et continuant de danser pour maquiller ma chute je ne faisais qu'exposer ma lente décadence, comme une photographie aux couleurs déteintes et fatiguées; photographie de ma candeur perdue, de mon innocence brulée vive.
Reine damnée des mes nuit blanche, je savourais chaque seconde de ma vie de merde. J'avais perdu. Le fil, le nord, le chemin. Mon étoile.
J'avais finit par m'habituer a l'odeur de détresse que je trainais, à la désinvolture chronique que je prônais, aux larmes opaques que je versais. J'avais pris gout aux caresses douloureuse de ma détestable folie, a mon inconsistance latente, a mes os brisés et mon c½ur défoncé.
Je languissait avec névrose dans un bain d'espoirs mourants; plume blanche noyée par l'asphalte encore brulant. J'avais perdu. Espoir, chemin, nord, étoiles...La peur du lendemain, du mot qui pourrait briser mes silences; de ce geste qui mordrait dans mon espace vital, tel un électrochoc troublant mon paysage, me faisant perdre cadence et équilibre; la peur du soupir qui pourrait rompre la distance. Toujours... toujours, éviter le contact singulier et personnel, maintenir cette inconsistance latente.
Derrière un mur de dédain et de désinvolture, j'ai planqué mes tas de cendres, de verres brisés...